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Le 11 Novembre, un jour comme les autres?

Arc de triomphe

Au nom de l’amitié franco-allemande, le 11 Novembre n'a pas été férié sur le campus de Nancy cette année encore. Concernant cette décision, le silence des étudiants prend des airs de consensus. Néanmoins, la non-commémoration de l’Armistice, si chère aux Français qu’elle a tenu le même rang que le 14 Juillet durant tout le XXème siècle, valait bien une réaction.

Lorsqu’on en vient à juger le 11 Novembre, entre condescendance et dégoût, le coeur de certains balance. La célébration de l’Armistice est-elle l’exutoire d’une germanophobie latente? Le dernier lieu d’expression d’un sentiment de haine nauséabond? Le Soldat inconnu est-il une relique poussiéreuse d’un chauvinisme morbide heureusement révolu? Rien de tout cela n’est vrai, je le crains. Qu’on prête attention à l’histoire de cet évènement, on y trouvera non pas un bellicisme aveugle, mais bien une commémoration possédée par la dignité du deuil. C’est que très tôt le soulagement et la fierté de la Victoire s’estompent, laissant place à la pensée des morts devenue véritable reine de France: tandis que le pays se couvre de monuments aux morts, une liturgie funèbre s’organise autour du 11 Novembre ; on n’entendra bientôt plus les trompettes de la Victoire. 

De quoi la commémoration de l’Armistice est-elle donc le nom? Elle signifie l’hommage de la Nation aux centaines de milliers d’hommes qui sont « morts pour la France ». Elle ne nie pas que la Grande Guerre ait été une immense catastrophe européenne ; au contraire, la prise de conscience du désastre qu’a été la Grande Guerre coïncide avec la mise en place de la commémoration du 11 Novembre. C’est tout le sens que la Chancelière Angela Merkel a voulu donner à cet évènement en répondant positivement à l’invitation du Président Sarkozy en 2009 ; sa visite invalidait ainsi tous les procès d’intention qu’on serait tenté de faire à l’Armistice.

Toutefois, nous ne pouvons en rester à ce constat ; car plus qu’un contre-sens, la non-commémoration de l’Armistice révèle une crise profonde de notre rapport au passé. Elle semble dire: « Du passé, faisons table rase et tournons-nous vers un futur meilleur. » Avant de trop s’engager dans cette fuite en avant, considérons cependant tout ce que nous laisserons derrière nous. Car nous sommes essentiellement des Héritiers : ceux qui nous ont précédés nous ont obligés. Ne pas commémorer le 11 Novembre, c’est refuser d’honorer notre dette. Pourtant, la transmission de cet héritage constitue la tâche sacrée de l’éducation, et donc de Sciences Po. En effet, le rôle de l’école ne s’est jamais cantonné à satisfaire la demande d’une main d’oeuvre qualifiée, à produire des fournées de cadres. Il est donc grand temps de renouer avec la tradition de notre établissement.

Enfin, il y a une gêne autour du 11 Novembre aussi parce qu’elle dérange le projet fédéraliste dont notre institution se montre souvent solidaire: honorer la mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté de leur pays, pour qu’il ne connaisse pas le sort malheureux de la Belgique occupée durant toute la Première Guerre Mondiale, c’est justifier en quelque sorte l’existence de la Nation. Indépendamment de nos convictions regardant l’avenir de l’Union Européenne, soyons sûrs de ceci : on n’érige aucun édifice politique solide sur les marécages de l’oubli. Constatant que la Grande Guerre avait mené l’Europe au bord de l’abîme, Paul Valéry écrivait: « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles. » Aujourd’hui, nous savons que l’oubli est un poison certes lent, mais tout aussi dangereux pour la civilisation européenne. 

 

Par Victor Brodin

Novembre 18th, 2014 @ 15:17

Dans: Bizuths

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