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Quand toutes les premières fois deviennent les dernières

Entre anticipation et mélancolie, Inès Bouchema, actuellement (encore) au Lycée Chateaubriand à Rennes, se prépare à « passer le bac le plus rapidement possible et filer à la ‘semaine d'inté’ pour enfin rencontrer les Sciences Potes. » Un grand nombre de « dernières fois » se succèdent, pour faire place à un très grand nombre de « premières. »

Je me souviendrai toujours de cet après-midi où j'ai su que j'étais admise à Sciences Po, au campus européen franco-allemand à Nancy : je sortais un mercredi d'un repas dans un snack avec une amie, en plein milieu de Sainte-Anne, la place la plus bondée de Rennes. J'ai regardé l'heure sur mon portable (je m’apprêtais d’ailleurs à rentrer), et – chose inhabituelle – j'avais un message non lu de « papa ». Je l'ai ouvert, et une déferlante de joie et de positivisme s'est déversée sur moi. Je me suis jetée dans les bras de ma copine, j'ai hurlé, dansé, chanté, ri, pleuré – tout ça en même temps et dans le désordre le plus complet. J'étais prise... c'était juste dingue comme impression. Rien que les mots étaient magiques. Ça y est, c'était sûr : j'allais habiter à Nancy pour les deux prochaines années.

Et puis j'ai pris conscience que le monde continuait de tourner, que depuis quelques secondes j'étais le centre de regards d'incompréhension, et que je passais pour une tarée aux yeux de tous. Mais bon, je m'en fichais ; éperdument même. J'étais prise !

En prenant le métro, le sourire jusqu'aux oreilles, j'ai du étonner plus d'un passager... mais j'avais qu'une envie : leur crier que j'intégrais Sciences Po. Je ne réalisais toujours pas.

Aujourd’hui, si. 

Bien sûr, je n'ai qu'une hâte : passer le bac le plus rapidement possible et filer à la « semaine d'inté » pour enfin rencontrer les Sciences Potes ! Car non seulement Sciences Po, c'est exactement les études que je voulais faire – plein de Projets Co et de rencontres, une ouverture sur le monde sans équivalent (mais ce n'est pas à vous, futurs bizuths, ou à vous, chers 2A, que je vais l'apprendre), une ambiance de folie et une « grande famille » (merci les vidéos des Collégiades !) –, mais en plus, c'est la liberté ! Enfin. À moi la vie étudiante, les sorties, les galères, la coloc’ (et les tours de vaisselle), les soirées pizza... Bref le rêve pour un lycéen normal qui veut quitter le lycée au plus vite.

Mais d'un autre côté, partir signifie laisser beaucoup de choses derrière soi. Quelques semaines avant mon grand départ de la maison, je me dis que, quand même, ça va me faire bizarre. Devoir vider ma chambre, décoller toutes mes photos et affiches qui s'entassent sur les murs depuis des années. Me dire que, tiens, c'est peut-être la dernière fois que ma sœur et moi passons la journée à regarder des navets (ou pas) en streaming. Voir que toutes les premières fois deviennent les dernières... Le premier et le dernier concert avec mon groupe, la première et la dernière fois que je vais à l'école de musique, la première et la dernière fois que je vais en cours au lycée, la première et la dernière fois que je viens râler au bureau des surveillants parce que ça fait cinq fois qu'on oublie de nous dire que notre prof d'anglais n’est pas là, la première et la dernière réunion de préparation du camp d'été, la première et la dernière fois que je rejoins les autres au coin fumeur alors que je ne fume pas... Tous ces petits riens auxquels ont ne fait pas attention d'habitude, mais qui, pourtant – et on le sait d'avance – vont nous manquer.

À dix-huit ans, on ne fait pas un bilan de sa vie, mais juste un petit point : on regarde (un peu) vers le passé, on regarde (surtout) vers l'avenir. On voit toutes ces choses fantastiques qu'on a déjà vécues, et l’on voit toutes celles qui nous restent à vivre. On se souvient des beaux moments et l’on imagine déjà ceux qui arriveront. On repense aux débats sur les carottes bios en cours d'éco, tout en se disant que, dans quelques semaines, les débats seront très différents. On fait des pronostiques débiles (dans nos têtes bien sûr) pour anticiper les amis qui seront toujours là dans un, deux, cinq, dix ans ; mais on n'arrive pas à mesurer combien il y en aura de nouveaux dans les années à venir. On se rappelle les périodes difficiles, les nuits sans sommeil, les TPE à rendre et être tellement en retard, tout en sachant pertinemment que ce n'était rien par rapport à certaines semaines à Sciences Po.

Quant au long terme ? Je ne sais pas vous, mais ça me paraît tellement flou... À part les promesses de réussite de mon entourage – « elle finira ministre », ou encore « tu sais, ta cousine elle fait les études pour devenir présidente de la République » –, je suis bien incapable de dire qui je serai dans dix ans. Mais une chose est sûre : je sais où je vais. 

Une fois qu'on en est là dans ses doutes, dans ses peurs et dans ses envies, on fait comme moi et l’on se dit « j'ai une chance folle ». Dans à peine deux mois, je serai sur le campus de Nancy, là où je veux être, là où je dois être. Je sais d'avance que Nanzig, c'est chez moi et que je ne peux pas rêver mieux. Il ne me reste qu'à pousser la porte pour pouvoir vivre – moi aussi – l'aventure Sciences Po !

Par Inès Bouchema

Juin 11st, 2013 @ 21:41

Dans: Bizuths

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