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Peur et confiance pour un retour de loin

Ce qui passe par la tête d'une future sciences-pote

La suède

Après une année sabbatique en Suède “à creuser la terre”, Lena Habrant retourne à Nancy, ville qui l’a vue grandir. Quand la peur se mêle à l’anticipation pressante, c’est bien une année à Sciences Po qui s’annonce.

Sciences Po. Ah ça oui, cela sonne bien. Comme si vous n’aviez plus à vous faire de souci. Les gens vous regardent avec considération et respect. Comme si votre avenir était assuré. Ah oui, celui-là, celle-là – elle va aller loin. On va la voir ministre plus tard. On va le voir sur les bancs du Sénat. Elle va réussir. Il va avoir du succès.

Alors que pour l’instant, Sciences Po, on n’y est pas encore, on n’y a pas encore mis les pieds, on a juste cet e-mail, cette lettre. Cette lettre qui nous a fait sauter de joie, qui nous a fait oublier le Bac et les problèmes de lycéens, qui désormais nous semblent tellement banals. Et on voit cet avenir radieux, des rêves se réaliser. Un peu comme Frédéric dans L’Éducation sentimentale. Ah oui, c’est bien une future Sciences Pote qui écrit, pour glisser ni vue ni connue une référence littéraire. Sauf qu’on se sent supérieur à lui, supérieur à Frédéric, qui ne sait rien de la vie.

Moi aussi, j’ai ressenti cela, et je le ressens toujours. Et quand j’entends “Sciences Po”, je me dis que, oui, c’est ce que je voulais, c’est ce que je veux. C’est l’école qui va me former, qui va m’instruire, l’école où je vais apprendre une partie de la vie. Une partie importante de ma vie en tant que citoyenne européenne responsable. Parfois, j’ai une peur qui me prend, une peur de me laisser happer par ce monde et de me distancer de la réalité peut-être, de plonger dans l’académisme et d’oublier la vie en dehors. De ne plus savoir les combiner.

Cette année j’ai pris une année sabbatique en Suède. Au début, en septembre, les gens m’ont demandé ce que je voulais faire l’année prochaine. Les 26 autres personnes de mon programme venaient ici pour savoir quel était leur chemin. Mais moi, je le savais déjà et je répondais : “I’m going to study political science in my home city, in a French and German university”. Ils – surtout les anciens du programme – me regardaient gentiment avec, dans les yeux, l’air de dire : “Sure… That’s what you are thinking now… Let’s see in 10 months.” Mais hier une amie m’a demandé pourquoi j’ai choisis Sciences Po, et je me suis rappelée mes raisons initiales, ma motivation première. Et quand cela est présent dans ma mémoire, je laisse Frédéric et mes doutes de côté. Et je rêve au projet que j’aimerais réaliser, à ce qui fait battre mon coeur plus haut. J’ai hâte de vous rencontrer, de discuter, de débattre de thèmes politiques, économiques, philosophiques, historiques et bien d’autres encore ! J’ai hâte de vous voir au week-end d’intégration (un peu moins de la douche à la bière), de chanter, danser ensemble. De mener des projets pharaoniques, farfelus, de changer le monde, de rêver, de prendre de l’initiative pour aller au devant des enjeux qui nous attendent. Alors oui, huit mois après, je suis toujours aussi déterminée – plus réfléchie peut-être, sur, mes raisons, c’est tout. Et peut-être que je vais rigoler en voyant ce texte l’année prochaine avant de passer en 2A. 

Pour l’instant j’ai un peu peur d’être décalée, après mon année à creuser la terre, à raconter des histoires, à voyager, en revenant à Nancy pour y poser mes valises pour deux ans. Mais je sais que cela en vaut la peine. 

J’ai confiance en ce que nous appelons l’avenir, je suis confiante en ce que Sciences Po est la bonne place pour moi. Ici, dans mon groupe, nous avons un petit proverbe, qui m’irrite beaucoup normalement, mais en lequel je choisis de croire pour l’année prochaine : “Whoever comes are the right people. Whatever happens is the only thing that could happen.” Et c’est dans cet esprit (“sooooo waldorf” comme diraient certains de mon groupe cette année) que je vais rentrer dans cette nouvelle aventure. Au plaisir de vous rencontrer bientôt !

Par Lena Habrant

Avril 18th, 2013 @ 20:35

Dans: Bizuths

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